Vivre debout

Les manifestations des 15 derniers mois répètent à l’envi une seule chose : nous ne voulons pas de cette société-là.
Nous sommes attachés à la solidarité, à la fraternité, aux idéaux de partage du CNR (conseil national de la résistance) qui a modelé une société plus juste et redistributive, un modèle qui a été présenté pendant 40 ans comme exceptionnel et envié partout dans le monde.
La réalité de l’argent comme horizon indépassable accompagné de sa logique mortifère : travailler toujours plus, toujours plus vite, avec toujours moins de moyens et pour un salaire qui stagne ou régresse, une précarité croissante a fait des ravages depuis 40 ans. Ces effets délétères se sont accrus encore avec l’adoption de la monnaie unique qui a vu le pouvoir d’achat des Français se réduire comme peau de chagrin tandis que les emplois étaient délocalisés dans les pays européens à bas salaires, laissant un pays à la main d’œuvre pourtant qualifiée, stagner avec dix pour cent de chômage structurel.
La logique de l’argent c’est aussi la destruction du travail artisanal, travail de petite production d’excellence très qualifié mais incompatible avec le profit mondialisé. Même dans le marché du luxe, il a fallu trouver des moyens de multiplier les produits tout en faisant croire au client qu’il achetait quelque chose d’unique.
Le marché est avant tout un marché de dupe !
Devant les difficultés croissantes de vivre simplement de son travail, d’accéder à un emploi et à des services près de chez soi, alors que l’on paie ses impôts et que l’on respecte les lois de son pays, une frange de la population a élevé sa voix pour dire : nous voulons vivre dignement ! Nous ne réclamons pas l’aumône, nous ne voulons pas être assistés, mais nos salaires ne nous permettent plus de payer les impôts, les taxes, la voiture, le crédit du logement, les études des enfants…
Pour se rendre visibles et faire entendre leurs voix largement invisibilisées pendant 20 ans, ils ont enfilé leur gilet jaune et bloqué quelques ronds-points.
La violence et le mépris qui se sont abattus sur eux qui naïvement pensaient simplement exprimer un droit à la parole dans un pays démocratique, en a laissé plus d’un révolté. Cette révolte après 65 semaines de rendez-vous ratés et d’accueils violents (gazage, matraquage, jets de grenades, blessés graves et morts) a peut-être faibli, mais a renforcé plusieurs certitudes :
– tout ce que propose ce gouvernement est mauvais
– tout ce qui est demandé au gouvernement devra être arraché par la force
– le mensonge et la violence sont du côté de l’État
– la vraie vie, la vie désirable pour laquelle nous nous battons
– la fraternité rend notre combat juste
Nous sommes entrés en résistance contre l’oppresseur.