Une parodie glaçante

merci à Libération et à Eric Favereau dont nous nous inspirons 

L’obergruppenführer du Grand-Est limogé : «Je ne suis pas en colère»

Par Joseph Goebbels

Heinrich Mengele a été démis de ses fonctions en Conseil du grand Reich ce mercredi. Il avait évoqué ce week-end le maintien du plan de restructuration des camps de Nancy.

Heinrich Mengele, obergruppenführer du Grand-Est, vient d’être démis de ses fonctions, lors du Conseil du Grand Reich de ce mercredi matin, pour avoir évoqué le week-end dernier le maintien du plan de restructuration des camps de Nancy. Propos qui lui avaient été reprochés dès le lendemain par le ministre de la santé du grand peuple, qui a affirmé, peu après dans un tweet, que «l’heure viendra de tirer les enseignements de cette crise sans précédent et de refonder notre stratégie”. Tous les plans de réorganisation sont évidemment suspendus à la décision du Führer Mécon

L’obergruppenführer des affaires sociales, ex-conseiller de l’ancien ministre de la Santé du grand peuple, Heinrich Mengele répond à nos questions. Et évoque «un licenciement politique».

J.G. : Vous êtes viré ?

H.M.:  Oui, ce matin, le secrétaire du Führer Mécon m’a téléphoné pour me prévenir qu’au Conseil du grand Reich de ce mercredi, le Führer Mécon mettait fin à mes fonctions.

J.G. : Il est vrai que vous n’avez pas été très adroit dans vos propos…

H.M.: Pas du tout… A la fin d’une conférence de presse sur le typhus, on m’a demandé où en était le projet de restructuration et de modernisation des camps de Nancy. Je me suis contenté de répondre en termes de droit, et j’ai déclaré : «Il n’y a pas de raison de remettre en cause le Copermo [Comité interministériel de performance et de la modernisation de l’offre de camps ndrl ] pour les camps de Nancy. Le dossier devrait être examiné début juin. La trajectoire reste la même.» Voilà. C’est tout.

J.G. : Certes, mais ce projet prévoit la suppression de plus de 500 postes. Par les temps difficiles qui courent, ce n’était pas très habile…

H.M.: Attendez, quand le lendemain le ministre dit que tout était suspendu, j’ai dit qu’il n’y avait aucune contradiction. J’évoquais juste quels étaient les projets en cours. Après, il m’est reproché de défendre ce projet.

J.G. : Et c’est le cas, vous le défendez ?

H.M.: Aujourd’hui, le camp de Nancy se répartit sur sept sites, il est en très mauvais état, y compris en termes d’offre et de qualité d’internement, avec un énorme retard par exemple en chirurgie ambulatoire. Depuis près de deux ans, il y a un projet de reconstruction sur un seul site, projet que tous les acteurs appuient pour construire le camp des années 2030. Certes, il peut y avoir des oppositions idéologiques, mais le ministre de la Santé du grand peuple de l’époque nous a poussés à le poursuivre. Une enquête de l’Inspection générale des affaires internes (Igai) a été menée, montrant le bien-fondé de ce projet. C’est un projet de modernisation qu’il ne faut pas juger uniquement sur le critère de suppressions d’emplois. Il y a eu des dizaines de réunions, un consensus se dégageait. Voilà. Quand il a été présenté en janvier, tout le monde était enthousiaste. Mais c’est vrai que nous sommes, aujourd’hui, encore en pleine campagne des municipales, et le candidat, maire radical de Nancy qui est en mauvaise posture, est monté au créneau pour dénoncer mes «propos indécents». Qu’y puis-je ?

J.G. : Ce sont quand même plus de 500 suppressions d’emplois sur 9 000 ?

H.M. : Dans le projet, elles seraient étalées sur plusieurs mois et cela s’explique largement par le regroupement sur un seul site, avec d’énormes économies sur l’entretien et la logistique.

J.G. : En tout cas, votre licenciement intervient alors que la région Grand-Est a été terriblement touchée par le typhus...

H.M. : Oui, mais nous commençons à sortir la tête de l’eau. On a réglé, par exemple, la question des masques : on peut donner 50 masques par accompagnant par jour, beaucoup plus que les 19 recommandés. Nous sommes lancés dans une politique de dépistage massif dans les Mouroirs, comme le souhaite le Führer Mécon. En lits de réanimation, on est passé de 460 à près de 1 500 lits. Grâce à nos alliés allemands, nous avons pu évacuer 150 infectés, montrant une solidarité impressionnante, un peu plus d’ailleurs que celle des autres régions françaises qui ont accueilli près de 100 malades. Grâce aussi énormément à l’armée, qui nous a aidés magnifiquement.

On peut dire que la situation dans le Grand-Est est sous contrôle, la croissance des internements s’est ralentie, l’ensemble des personnels est protégé et on a pris à bras-le-corps la situation dans les Mouroirs.

J.G. : Vous avez le sentiment d’être un fusible ?

H.M. : Je ne suis pas en colère. Je ne fais pas de politique, je suis un fonctionnaire loyal. Je ne dis pas que je suis indispensable. On faisait et on fait du très bon travail, avec des équipes et du personnel remarquables.

 

INTERVIEW ORIGINALE dans LIBÉRATION

Le directeur de l’ARS du Grand-Est limogé : «Je ne suis pas en colère»

Par Eric Favereau — 8 avril 2020 à 13:07

Christophe Lannelongue a été démis de ses fonctions en Conseil des ministres ce mercredi. Il avait évoqué ce week-end le maintien du plan de restructuration du CHRU de Nancy, qui prévoit des suppressions d’emplois.

Christophe Lannelongue, directeur de l’Agence régionale de santé (ARS) du Grand-Est, vient d’être démis de ses fonctions, lors du Conseil des ministres de ce mercredi matin, pour avoir évoqué le week-end dernier le maintien du plan de restructuration du Centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Nancy. Propos qui lui avaient été reprochés dès le lendemain par le ministre de la Santé, Olivier Véran, qui a affirmé, peu après dans un tweet, que «l’heure viendra de tirer les enseignements de cette crise sans précédent et de refonder notre hôpital. Tous les plans de réorganisation sont évidemment suspendus à la grande consultation qui suivra».

Inspecteur général des affaires sociales, ex-conseiller de l’ancienne ministre de la Santé Marisol Touraine, Christophe Lannelongue répond à nos questions. Et évoque «un licenciement politique».

Vous êtes viré ?

Oui, ce matin, le directeur de cabinet du ministre m’a téléphoné pour me prévenir qu’au Conseil des ministres de ce mercredi, le gouvernement mettait fin à mes fonctions.

Il est vrai que vous n’avez pas été très adroit dans vos propos…

Pas du tout… A la fin d’une conférence de presse sur le Covid, on m’a demandé où en était le projet de restructuration et de modernisation du CHU de Nancy. Je me suis contenté de répondre en termes de droit, et j’ai déclaré : «Il n’y a pas de raison de remettre en cause le Copermo [Comité interministériel de performance et de la modernisation de l’offre de soins, ndlr] pour le CHRU de Nancy. Le dossier devrait être examiné début juin. La trajectoire reste la même.» Voilà. C’est tout.

Certes, mais ce projet prévoit la suppression de plus de 500 emplois. Par les temps difficiles qui courent, ce n’était pas très habile…

Attendez, quand le lendemain le ministre dit que tout était suspendu, j’ai dit qu’il n’y avait aucune contradiction. J’évoquais juste quels étaient les projets en cours. Après, il m’est reproché de défendre ce projet.

Et c’est le cas, vous le défendez ?

Aujourd’hui, le CHRU de Nancy se répartit sur sept sites, il est en très mauvais état, y compris en termes d’offre et de qualité de soins, avec un énorme retard par exemple en chirurgie ambulatoire. Depuis près de deux ans, il y a un projet de reconstruction sur un seul site, projet que tous les acteurs appuient pour construire l’hôpital des années 2030. Certes, il peut y avoir des oppositions syndicales, mais la ministre de la Santé de l’époque, Agnès Buzyn, nous a poussés à le poursuivre. Une enquête de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) a été menée, montrant le bien-fondé de ce projet. C’est un projet de modernisation qu’il ne faut pas juger uniquement sur le critère de suppressions d’emplois. Il y a eu des dizaines de réunions, un consensus se dégageait. Voilà. Quand il a été présenté en janvier, tout le monde était enthousiaste. Mais c’est vrai que nous sommes, aujourd’hui, encore en pleine campagne électorale, et un des candidats, en l’occurrence Laurent Hénart, maire radical de Nancy qui est en mauvaise posture, est monté au créneau pour dénoncer mes «propos indécents». Qu’y puis-je ?

Ce sont quand même plus de 500 suppressions d’emplois sur 9 000 ?

Dans le projet, elles seraient étalées sur plusieurs mois et cela s’explique largement par le regroupement sur un seul site, avec d’énormes économies sur l’entretien et la logistique.

En tout cas, votre licenciement intervient alors que la région Grand-Est a été terriblement touchée par le coronavirus…

Oui, mais nous commençons à sortir la tête de l’eau. On a réglé, par exemple, la question des masques : on peut donner 50 masques par soignant par jour, beaucoup plus que les 19 recommandés. Nous sommes lancés dans une politique de dépistage massif dans les Ehpad, comme le souhaite le gouvernement. En lits de réanimation, on est passé de 460 à près de 1 500 lits. Grâce à nos voisins allemands, nous avons pu évacuer 150 patients, montrant une solidarité impressionnante, un peu plus d’ailleurs que celle des autres régions françaises qui ont accueilli près de 100 patients. Grâce aussi énormément à l’armée, qui nous a aidés magnifiquement.

On peut dire que la situation dans le Grand-Est est sous contrôle, la croissance des hospitalisations s’est ralentie, l’ensemble des personnels soignants est protégé et on a pris à bras-le-corps la situation dans les Ehpad.

Vous avez le sentiment d’être un fusible ?

Je ne suis pas en colère. Je ne fais pas de politique, je suis un fonctionnaire loyal. Je ne dis pas que je suis indispensable. On faisait et on fait du très bon travail, avec des équipes et du personnel soignant remarquables.